Revenus : la Martinique est l’un des départements les plus inégalitaires de France
Les données fiscales de 2020 révèlent des inégalités de revenus considérables entre les ménages de communes différentes, mais aussi entre des quartiers de Fort-de-France parfois très proches.
Avec un revenu disponible médian de 19 200 euros en 2020, la Martinique apparaît comme l’un des départements français les plus pauvres, après la Réunion et la Seine-Saint-Denis. C’est l’un des enseignements de l’édition 2020 de Filosofi. Cette base de données permet notamment de connaître les revenus disponibles des ménages, c’est-à-dire les revenus d’activités, les retraites, rentes, prestations sociales et indemnités chômages, après déduction des impôts directs et des prélèvements sociaux.
C’est aussi l’un des départements les plus inégalitaires. Les 10% des ménages les plus riches de l’île ont un revenu médian quatre fois supérieur à celui des 10% les plus pauvres. Un écart important confirmé par l’indice de Gini : seuls Paris, les Hauts-de-Seine, la Haute-Savoie et la Réunion affichent un indicateur d’inégalités aussi élevé.
Le revenu médian des 10% les plus riches atteint 37 780 euros, soit davantage que celui observé dans une soixantaine d’autres départements français.
Les ménages les plus âgés (60 à 74 ans) disposent de revenus disponibles bien plus élevés (20 790 €) que ceux dont le référent fiscal a moins de 30 ans (14 260 euros). Mais ces valeurs restent modestes à l’échelle nationale, et les fortes inégalités de revenus observées sur l’île ne semblent pas liées à l’âge.
Case-Pilote, Schœlcher, Les Trois-Îlets, Le Diamant : Dans ces communes, les 10% des ménages les plus riches disposent d’un revenu disponible annuel de plus de 40 000 euros. A Case-Pilote, le revenu médian de ce “9ème décile” atteint même 49 110 euros en 2020. C’est dans ces mêmes communes que l’on observe les inégalités les plus fortes (écart inter-décile de 4,6 au Diamant et aux Trois-Ilets).
Les quartiers les plus riches, voisins des plus pauvres
A l’autre bout de l’échelle sociale, les 10% de ménages les plus pauvres de Martinique ne dépassent pas la barre des 10 000 euros à l’année. Un ménage sur quatre (26,7%) vit d’ailleurs sous le seuil de pauvreté (moins de 1000 euros, soit 60% du revenu médian français). C’est l’un des taux de pauvreté les plus préoccupants de France, après la Réunion (35,6%) et la Seine-Saint-Denis (27,6%). Les ménages défavorisés vivent le plus souvent aux Anses-d’Arlet, et surtout à Saint-Pierre, où le revenu médian annuel des 10% les plus pauvres est seulement de 7 730 euros.
Les données 2020 à l’échelle des quartiers n’ont pas encore publiés. Mais celles de 2019 permettent déjà d’identifier des écarts très marqués au sein des agglomérations. On sait notamment que les ménages aux revenus disponibles les plus élevés habitent à Fort-de-France, tout près des ménages les plus pauvres de Martinique.
Dans l’Iris qui comprend le quartier Des Rochers et une partie de Didier, les ménages les plus aisés disposaient de 62 140 euros en 2020. La même année, 500 mètres plus au sud, de l’autre côté de la rocade, dans le quartier des Terres Sainville, les 10% des ménages les plus défavorisés disposaient de 6 390 euros. Presque 10 fois moins. C’est le quartier plus pauvre de Martinique.
Ces inégalités se retrouvent à une échelle encore plus fine, celle du carroyage de l’Insee (carrés de 200 mètres de côté). Comme le montre la carte ci-dessous, toutes les communes comptent des micro-quartiers dans lesquels la concentration de ménages pauvres dépasse la moyenne du département (30%). Mais les seules dans lesquelles on trouve des micro-quartiers majoritairement pauvres (au-delà de 50% de ménages sous le seuil de pauvreté) sont Saint-Pierre et surtout-de-France.
Source : Insee (Filosofi 2019-2020)